" Bon courage " : quand l'injonction peut devenir source de douleurs. Réponse de l'ostéopathie et de la psychologie corporelle appliquée
- Adeline Coll
- 11 mai
- 4 min de lecture

Ostéopathie et Fragments de vie
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Corps & Équilibre
"Bon courage"
Une lecture ostéopathique du corps qui lutte.
Réflexion inspirée d'Annick de Souzenelle · MTC · Psychologie corporelle
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On dit bon courage
et quelque chose en moi
se resserre.
Pas par ingratitude,
mais parce que le corps
entend : tiens bon.
Il s'apprête.
Il se prépare à affronter
quelque chose de dur,
de difficile.
Et il tient.
Jusqu'à la rupture.
Si ces mots résonnent, peut-être est-il temps de prendre soin de vous autrement. → Découvrir les séances
L'idée du courage m'a toujours interpellée. Peut-être parce qu'il m'est arrivé, par moments, d'en manquer moi-même.
Il y a quelques jours, j'ai écouté un podcast d'Annick de Souzenelle. Elle y abordait cette notion avec une précision qui m'a touchée : le courage, disait-elle, est une vertu exceptionnelle, mais il est tensionnel. Et là où il y a tension, il y a, à un moment donné, le risque de rupture. Ça gonfle, gonfle comme un ballon de baudruche… et puis ça cède.
Le courage est une vertu. Mais la vertu, seule, ne suffit pas à réparer.
Ce "bon courage" que l'on m'offre parfois, je le reçois avec maladresse. Non par ingratitude, mais parce que ce mot génère en moi quelque chose de l'ordre de la lutte. Une injonction douce, bien intentionnée, mais qui dit au corps : bats-toi. Et le corps obéit. Il se tend. Il retient. Il tient.
Le courage, posture du guerrier face à la douleur qui revient
Car le courage, au fond, s'adresse à celui ou celle qui part au combat. C'est la vertu du guerrier, le yang en médecine chinoise, de celui qui fait face à l'adversité, qui se lève malgré tout, qui avance contre le vent. Il y a quelque chose de noble dans cette image. Mais il y a aussi quelque chose d'épuisant.
Parce que le guerrier, lui, est toujours en guerre. Et un corps en guerre ne se repose pas vraiment. Il surveille. Il anticipe. Il garde les épaules hautes et la mâchoire serrée. En médecine traditionnelle chinoise, cet état d'alerte chronique vide les ressources du Rein, cette réserve profonde d'énergie vitale que l'on ne renouvelle pas à la force de la volonté.
La dualité qui écrase : quand l'injonction au courage entretient la tension
Ce qui rend le courage particulièrement lourd à porter, c'est la dualité qu'il installe silencieusement : soit on est courageux, soit on est perdant. Soit on tient, soit on cède. Il n'y a pas de milieu. Pas de droit à la fatigue. Pas d'espace pour dire je n'y arrive plus sans aussitôt ressentir que l'on a échoué.
Et c'est là que naît la culpabilité. Celle de ne pas avoir eu assez de courage. Celle de s'être effondré là où d'autres auraient tenu. Cette culpabilité là, je la reçois régulièrement au cabinet, elle se loge dans les corps, dans les regards, dans cette façon de s'excuser d'être là, d'avoir mal, de ne plus pouvoir.
Ne pas avoir eu le courage, ce n'est pas une faiblesse. C'est souvent le signe que l'on a porté seul ce qui aurait dû être partagé.
Le cabinet est un espace où vous n'avez pas à vous justifier d'être là. → Prendre rendez-vous
À cela, elle oppose l'amour ou une autre façon d'accompagner le corps
Annick de Souzenelle place l'amour non pas comme un sentiment flou, mais comme une force plus profonde que le courage. Là où le courage est une vertu de la volonté, tendue, binaire, solitaire, l'amour est un mouvement de réparation et d'avancement sur le chemin de vie.
Ce glissement m'a parlé immédiatement, parce que je le vois au cabinet.
Il y a des patients qui arrivent sans plus de courage. Pas parce qu'ils sont faibles. Mais parce que la vie est devenue trop lourde, trop longue, trop répétitive. Parce qu'ils ont tenu très fort, très longtemps, et que le corps a fini par enkyster ce qu'il portait, souvent dans les épaules, dans la nuque, dans un souffle qui ne descend plus.
Et si l'on permutait ? L'ostéopathie, la MTC* et la psychologie corporelle appliquée comme chemin vers soi
C'est la question qu'elle pose, et que je me pose avec elle : et si nous remplacions notre nécessité d'avoir du courage par de l'amour ?
L'amour de soi, d'abord. Celui qui permet de reconnaître que le corps n'est pas un ennemi à tenir debout à toute force, mais un système vivant qui a besoin d'être écouté, nourri, autorisé à se déposer. L'amour de soi n'est pas une capitulation, c'est le contraire de la culpabilité.
L'amour de la vie, ensuite. Cette capacité à retrouver de l'intérêt pour ce qui est là, maintenant, même petit, même simple.
L'amour de l'autre, enfin. Ce que nous partageons dans la relation de soin : un espace où le patient n'a pas à être courageux, ni perdant. Juste présent.
Pour ceux qui arrivent à bout de courage
Tu n'as pas à tenir
pour cette heure.
Laisse ton corps se souvenir
de ce qu'il ressent
quand on ne lui demande plus
de lutter.
Le courage dit : lutte encore.
L'amour dit : tu peux poser.
Tu as assez lutté, assez porté.
Il est temps de réparer
et d'avancer
sans ce poids.
Et si c'était de là
que repartait la vie ?
Parce que parfois
le corps n'a pas besoin de courage.
Il a besoin d'amour.
Et si cette lecture était déjà le début de quelque chose ? → Réserver une séance
*MTC : médecine traditionnelle chinoise
Réflexion inspirée du podcast d'Annick de Souzenelle sur le courage tensionnel, et de ce que je reçois chaque jour dans la pratique ostéopathique, à la croisée de la médecine traditionnelle chinoise et de la psychologie corporelle.
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